Comment choisir une thérapie de couple ?


S’il est difficile d’accepter l'idée que son couple est malade, il est encore plus difficile de trouver une solution au problème dont il souffre. Une des causes majeures est une relation adultère d’un des conjoints.


Rares sont les couples qui peuvent définir avec certitude d’où vient le problème. La plupart ne font pas l’effort, les autres se voilent la face, craignant de compromettre la quiétude du quotidien, ou s'adressent au premier centre spécialisé venu sans rien savoir de la qualité des services offerts.

Ce chapitre est donc destiné à tous ceux qui ont besoin de quelques repères, face à la multiplication des thérapies et des recettes miracles. En effet, nombreux sont ceux qui s’arrogent le droit de tout savoir sur le couple : journaux féminins, hebdomadaires, mages, guérisseurs, professionnels sérieux... On est prêt à tout quand il s'agit de sauver son bonheur sentimental. Alors, comment choisir la bonne thérapie ? En fondant son choix sur deux critères distincts : les besoins du couple et la formation du thérapeute.

Les besoins d’un couple en crise

Le couple en crise

Le sexothérapeute qui reçoit un couple en crise est le plus souvent confronté aux mêmes demandes :

« DOCTEUR. JE VEUX CHANGER POUR LUI »

C’est l'appel qu'on lance lorsqu'on ne parvient plus à gérer, notamment, des exigences sexuelles trop différentes. D'abord minimisée, cette mésentente se révèle le jour où l’un des deux semble chercher ailleurs ce qu’il ne trouve pas chez lui, via une relation infidèle par exemple. L'autre demande alors de l’aide et ses exigences changent selon l’urgence du moment. Il s’agit, selon le cas, de lui apprendre à séduire, à parvenir à l’orgasme vaginal ou à contrôler son éjaculation. Il n’y a qu’une seule constante : la nécessaire rapidité du résultat, ce qui est un leurre. Le sexologue se retrouve alors dans la situation d’un chirurgien qui devrait refaire un nez approchant de la perfection avec un bistouri émoussé.

« DOCTEUR, JE VEUX LE (LA) CHANGER »

Cette demande est propre au membre dominant du couple, qui estime que le thérapeute doit suivre ses conseils. Malheureusement le fonctionnement d'un couple est une mécanique très complexe. Il faut découvrir la demande non dite : la volonté de continuer à contrôler le rapport en faisant du médecin un complice. Celui-ci doit évidemment s'en garder et refuser cette alliance absurde pour analyser les raisons de la crise et envisager les moyens d’y remédier.

« DOCTEUR, GUÉRISSEZ-MOI TOUT DE SUITE »

L'hôpital est souvent au bout de crises conjugales particulièrement violentes, surtout pour les femmes, parfois maltraitées par des maris alcooliques. Ce phénomène est pourtant loin d’être anodin et lié aux différences entre homme et femme. Pour les couples « en conflit permanent », c’est le cabinet du sexologue qui devient le service d’urgence. Ils exigent une intervention immédiate et se présentent rarement au second rendez-vous. Ils expriment en fait le besoin pathologique d’une réconciliation sans laquelle il ne pourrait y avoir de nouvelle crise. Ça peut durer des années, et on peut résumer ces exigences dans l'absurdité de cet appel à l’aide : « Au secours, ne changez rien ! »

À cette urgence s'ajoute la naïve conviction que le thérapeute est même capable de sauver un rapport condamné depuis longtemps. Quand j’ai dit à Lucien qu'il était illusoire de croire qu’on pouvait apprendre à contrôler son orgasme en trois jours, il a été sincèrement déçu. Il voulait surprendre sa femme, qu’il ne satisfaisait plus depuis des années, avant qu’elle passe un second week-end avec son amant, rencontré sur un site de rencontre en ligne. Toutes ces pathologies soulignent bien qu’il est difficile de pouvoir imaginer une prévention. Le couple vit sur des attitudes proches de celles de la vie en société. Il faut souvent qu’une catastrophe ait lieu pour qu’on prenne les mesures qui auraient permis de l'éviter.

Les fausses questions

Les questions que pose un couple cachent souvent un secret d’ordre sexuel que l’on finit toujours par démasquer. De même que les difficultés d’ordre sexuel peuvent dissimuler un problème de communication. Voici deux exemples :

CHIEN QUI ABOIE NE MORD PAS

Les problèmes de couple sont rarement d'origine canine. Pourtant Armand, venu me consulter à cause de ses problèmes d’éjaculation précoce, commence par me parler d’un doberman qui avait mordu sa femme Julie quand elle était petite. Traumatisée par l'événement, elle éprouve depuis un besoin de protection que seule la rencontre avec Armand a pu combler. Lui aussi a connu une adolescence difficile, et à ses problèmes d’éjaculation précoce s’ajoutent des crises de colite spasmodiques et d'inexplicables crises de prurit. Ces deux-là étaient faits pour s'entendre. Julie a trouvé en Armand un bon saint-bernard qui lui a fait oublier ce méchant doberman, en échange d'une véritable tranquillité affective. Au moins pour un temps.

Tout a basculé après quatre ans de mariage et deux fils, quand Armand s'est permis une petite incartade, avec une fille rencontrée en ligne sur Snapadultère. Il est alors devenu lui aussi un grand méchant loup, d’autant qu'il se permettait en outre de retomber dans le travers de l’éjaculation précoce. Il est pourtant évident, malgré ce qu’en dit Armand, que le problème n'est pas d’ordre sexuel et qu'il ne pourra être résolu que lorsqu’ils cesseront de considérer leur mariage comme la solution de vieux problèmes mal digérés. Lorsqu'il cessera de se rassurer en protégeant une pauvre victime, et qu'elle cessera de le considérer comme un mari thérapeutique toujours prêt à la rassurer, mais dont elle se hâte de se venger à la moindre frustration.

LES ATTENTES ILLUSOIRES

Le couple en crise

Lisa et Georges ont eu de la chance. Ils ont conçu leur unique enfant lors de l'un des rares rapports qu’ils ont pu avoir en quinze années de mariage. En effet, ils ne pratiquaient que les caresses, selon une habitude prise lors de leurs fiançailles pour des raisons contraceptives. Mais ce qui à l'époque convenait n'est plus adapté et c'est précisément à la rareté de leurs rapports que Lisa attribue ses allergies et ses cystites, ainsi que tous les ennuis du couple. Il est clair que la sexualité n'est que le bouc émissaire de problèmes d'un autre ordre.

Lisa a toujours été extrêmement consciencieuse. Elle a passé son adolescence à étudier et le reste de sa vie à se plaindre d'avoir perdu ses plus belles années. Toujours en contradiction avec elle-même, elle n'est jamais parvenue à bien vivre ses premiers flirts. Elle n'a épousé Georges que pour mettre fin à une longue série de petites histoires, généralement avec des hommes mariés, sources de continuelles frustrations. Mais l'amour fait défaut alors que Lisa l'appelle de tous ses vœux, malgré sa grande émotivité. Elle me pose une curieuse question : lui serait-il possible de tomber enfin amoureuse de son mari ? Elle sait bien qu’elle l'a épousé pour de toutes autres raisons, mais Lisa fait partie de ces gens qui reportent sur leurs conjoints des attentes qui ne pourront jamais être satisfaites.

L’idéologie des thérapeutes

Il arrive encore trop souvent que le déroulement d'une thérapie soit plus fonction de la formation du thérapeute que des besoins du couple. On croit souvent que le sérieux se mesure à l'orthodoxie d'un curriculum qui n'est bien souvent qu'un obstacle de plus sur le chemin de la guérison. Il suffit de prendre l'exemple de la psychanalyse qui, avec l'écoute emphatique de Carl Rogers et la pédagogie, fut longtemps la seule voie offerte aux couples en crise.

Aux yeux du psychanalyste, le couple a peu d'intérêt. Il considère que le conflit est toujours issu de la pathologie de l'un des deux partenaires, jamais de la dialectique du rapport. La résolution du problème passe, par l'intermédiaire de l'analyse, par le retour à l'histoire individuelle. Cette approche est parfaitement cohérente. Dommage qu'elle ait conduit tant de couples à la rupture. Il y a des exemples par centaines, même parmi des couples qui auraient pu vivre pendant des aimées avec leurs pathologies. Sans compter que, bien souvent, la décision d'entreprendre une analyse suffit à modifier les rapports de forces, et donc la situation qui a motivé la thérapie. La psychanalyse, qui est extrêmement efficace dans d'autres circonstances, est donc une solution radicale quand elle est appliquée aux problèmes conjugaux, et ne doit être considérée que comme un outil à utiliser avec précaution. Mais comment le faire comprendre à un analyste qui a fondé toute sa carrière sur cette méthode ?

Les solutions trop extrémistes n'ont jamais permis aux couples de guérir et il n'existe pas de remède miracle. La juste thérapie se situe souvent au point de rencontre des deux extrêmes thérapeutiques. Entre la psychanalyse et une pédagogie myope, la plupart des couples sont pourtant condamnés à vivre un chemin de croix qui passe par les conseils des pédagogues, les exercices de communication, les pratiques corporelles genre massages californiens, pour arriver à une lecture cognitiviste ou systémique de problèmes qu'on aborde sans plus très bien savoir où on en est.

L’histoire de ces deux couples à la recherche d'eux-mêmes vous permettra à tout le moins d'éviter de répéter leurs erreurs. Le premier est aux prises avec une solution minimaliste, l'autre vit une approche plus radicale : leur rapport a pu se détériorer à ce point. En effet, les premiers temps, Joseph était un père attentif et aimant, bien que souvent absent. Quand ses voyages se sont multipliés, Rose a commencé à avoir des soupçons. Elle s'est dit qu'il avait une maîtresse, puis, ayant découvert au fond de sa valise quelques cassettes vidéo gays, elle s'est demandé s'il n'était pas bisexuel. Pour couronner le tout, après dix ans de mariage, il tolère que, lassée par son peu d'appétit sexuel, elle le trompe avec un collègue. Ont-ils été amoureux l'un de l'autre ? Rien qu'en évoquant ce doute, la voix de Rose se casse, comme lors d'une de leurs dernières disputes.

La version de Joseph n'a rien à voir avec la sienne. Il me la présente comme une femme fragile et dépressive, qui n'a jamais pu travailler. Comment pourrait-il faire preuve d'initiative alors qu'elle ne cesse de le critiquer ? Il nie le fait d'être bisexuel. Il affirme au contraire qu'il a toujours été fidèle et qu'il a beaucoup souffert d'avoir été trompé. Voilà un couple qui aurait besoin d'un avocat plus que d'un psychiatre. Mais leur revenu modeste rend toute séparation impossible. Leur avenir semble tracé. Ils sont condamnés à passer le restant de leurs jours à récriminer sur leurs fautes mutuelles.

Ils le savent et cette conscience est paradoxalement le seul remède efficace. Je les invite donc à réfléchir à leur avenir. Rose accepte de participer à des groupes de réflexion sur la ménopause. Joseph mène à bien un bilan andrologique. Ils commencent doucement à imaginer de nouvelles règles de vie commune qui leur garantiraient des espaces d'autonomie sexuelle, financière et sociale. Cette solution minimale, souvent obtenue par la stratégie appelée médiation, implique qu'ils changent et qu'ils apprennent à vivre avec des blessures inguérissables.

La solution maximaliste

Nicolas n'approche sa femme Olga que pour lui faire l'amour, dans l'espoir de calmer la nervosité qui la tenaille. Si cela ne tenait qu'à lui, il abolirait bien volontiers cette obligation bihebdomadaire. Il m'en parle avec un détachement surprenant, le motif de sa visite étant précisément la pauvreté de sa vie sexuelle. Mais, dans le même temps, il refuse d'envisager le problème sous le seul angle sexuel. Il préfère me parler de sa mère, et finit par se souvenir qu'elle lui interdisait de fermer la porte de la salle de bains lorsqu'il faisait ses besoins ou qu'il se lavait et quelle venait souvent l'y surprendre. Il oscillait entre l'irritation et l'excitation que procure l'obligation de faire vite, presque en secret. Ses fantasmes érotiques en gardent la trace, et sont pleins de femmes dominatrices, qui le maltraitent et l'humilient.

La présence d'un noyau sadomasochiste chez Nicolas est tellement évidente, qu'il en est lui-même conscient. Il y a deux thérapies possibles : soit Olga accepte de jouer, au moins de façon provisoire, le rôle de l'allumeuse (mais elle n'y est pas prête, et Nicolas a précisément choisi en elle une femme raisonnable et prudente, bref à l'opposé de ce fantasme). Soit il choisit la voie la plus ambitieuse, une longue psychanalyse, qui lui permettra peut-être de concilier l'enfant et l'adulte qui sont en lui.

La voie de la thérapie : du projet au contrat

Un couple ne dure qu'au prix de fréquentes négociations. Un couple en crise ne peut se passer de discuter avec soin les termes qui le porteront à recréer les équilibres perdus. À tous les couples qui viennent consulter notre centre de Genève il est demandé de consacrer trois séances à l’identification de leurs exigences sexuelles. C'est alors qu'émergent les premières résistances : certains voudraient bien changer mais refusent de faire quoi que ce soit pour y parvenir. D'autres ne vont chez le thérapeute que sous la contrainte. H est donc nécessaire de commencer par circonscrire le problème, afin d'éviter que cette force d'inertie ne remette en cause tout le processus curatif. Il faut aussi éviter de tomber dans le piège de la séduction que tentent quelques patients avant de l'abandonner au cas où il se révèle inefficace. Ce n'est qu'une provocation parmi tant d'autres. C'est pour cette raison que certains centres mettent en place le système de la cothérapie. Chaque couple de patients est pris en charge par un couple de praticiens, tous deux du même sexe, lorsqu'il s'agit d'une relation homosexuelle.

Seule cette longue négociation peut transformer un projet thérapeutique en un véritable contrat. Cette métamorphose se fonde sur un certain nombre de facteurs psychologiques et pratiques. Le choix dépend aussi des possibilités financières du couple, et il n'est pas toujours bon d'avoir trop de moyens. Lorsqu'on a l'habitude de pouvoir tout s'offrir, il semble facile d'obtenir avec de l'argent, outre le bonheur, l'accord implicite du médecin. L'honnêteté permet au contraire d'identifier rapidement les fonctions que le patient prête à la thérapie. Elles sont de trois ordres et je les illustrerai avec des métaphores domestiques :

Le thérapeute comme poubelle.

Le thérapeute devient la poubelle dans laquelle on se débarrasse des choses inutiles. On lui confie toute la part négative de son couple pour ne conserver que le positif.

Le secrétaire à tiroirs

On demande au thérapeute de mettre de l'ordre dans tout ce qui dérange, afin que chaque problème puisse être abordé séparément, et d'élever des barrières pour éviter tout mélange.

La machine à laver.

Le patient apporte son linge sale au thérapeute afin qu'il le nettoie et le lui rende propre et utilisable pour de nouveaux projets de vie.

Lorsqu'une thérapie a été choisie, le médecin doit garder suffisamment de souplesse pour la modifier ou l'abandonner. Mais il doit surtout faire preuve de ténacité car même une solution qui semble mauvaise peut cacher une opportunité de guérison, comme le montrent les cas suivants :

Une thérapie en deux temps.

Certains couples restent ensemble même s'ils n'ont plus rien à se dire, pour des raisons financières ou par peur de ne pas savoir gérer leur séparation. Ce n'est pas le cas de Klaus et Emma. Ils n'ont aucune envie de se séparer et font toujours l'amour avec plaisir. Pointant tout est sujet à disputes, et en deux ans de mariage ils sont déjà parvenus à épuiser trois thérapeutes. Au cours de la première rencontre, ils déclarent que seuls leurs enfants les unissent encore. Ce qui ne manque pas de générer un nouveau conflit : sur leurs divergences pédagogiques. Pendant l'entretien, chacun tente de parler plus fort que l'autre, mais ils sont à l'évidence incapables de communiquer.

Emma est styliste. Elle tient de ses origines marseillaises un mode d'expression typiquement méditerranéen qui a le don d'exaspérer Klaus, qui va jusqu'à parler de « confusion mentale ». Ce géologue autrichien a donc décidé de renoncer à discuter tant qu’elle n'aurait pas appris à mettre un frein à l'impétuosité de son discours, et s'enferme dans le mutisme le plus complet. Alors Emma se tait aussi par dépit, jusqu'à ce que, lasse de se heurter à la ténacité de son mari, elle éclate en d'irrépressibles sanglots. Alors Klaus, que ses pleurs sans fin exaspèrent, décide de l'emmener à la consultation.

Il faut avant tout briser cette conjuration du silence, qui la frustre tout en le satisfaisant. Le mutisme de Klaus rappelle à Emma les punitions que lui infligeaient ses parents. Elle préférerait mille fois qu'il hurle plutôt que ce silence exaspérant. Un précédent conseiller conjugal leur avait suggéré de retrouver dans le silence leur sérénité intérieure, mais le résultat fut décevant. À ma demande ils retracent les circonstances de leur dernière dispute. Le prétexte était d'une grande banalité. Le couple avait été invité à passer Noël chez la sœur de Klaus, laquelle ne cessait de dire qu'elle avait pris un jour de congé pour préparer le repas. Ce que n'avait pas manqué de critiquer Emma. Klaus avait pris la défense de sa sœur, et saisi l'occasion pour faire remarquer à sa femme qu’elle n'avait pas les mêmes capacités d'organisation. Pour ne pas déroger à la règle, Emma avait éclaté en sanglots, tout en lui lançant à la figure qu'il défendait toujours sa propre famille, avec laquelle il n'avait pas rompu le cordon. La rancœur avait fini par masquer la vérité que Klaus et Emma sont encore prisonniers de leur névrose individuelle. Mais aucune solution véritable ne peut être trouvée si, d'abord, on ne parvient pas à résoudre leur problème de communication. Dans ce cas, on va négocier une thérapie en deux temps, d'abord la crise conjugale, et ensuite, avec plus de calme, les problématiques individuelles.

Le couple comme point d'ancrage.

Qu'est-il arrivé à Louise au cours de son enfance ? À vingt-neuf ans, elle a toujours peur qu'on la découvre lorsqu'elle rend visite à ses parents et fait l'amour avec son fiancé Élie dans la maison qu’elle a quittée il y a dix ans. Il est vrai qu'elle est sexuellement insatisfaite même dans les circonstances les plus favorables. Voilà pourquoi elle est assise devant moi, à côté d'Élie, de quatre ans plus jeune, mais qui en paraît dix de moins, rencontré sur un site de rencontre, lui aussi. Vêtue de gris, guindée, elle garde le contrôle d'elle-même, ce qui lui est sans doute utile en société. Mais son incapacité à lâcher prise est en passe de saborder sa vie amoureuse.

Tandis qu’elle me parle, une rougeur commence à envahir son cou et son visage auparavant sans teint, indice de son refus d'une sincérité trop grande. Louise et Élie ne vivent pas ensemble ; ils partagent chacun un appartement avec d'autres amis. Lorsqu'ils connaissent des moments d’intimité chez l'un ou chez l'autre, ils sont dans la terreur d'être découverts. Élie est très dépendant de Louise, dont la douceur lui fait un peu oublier les coups que lui administrait une mère sévère et peu compréhensive, qui n'a jamais su répondre à son besoin d'affection. Sa mère avait quinze ans de plus que son père, ce qui explique peut-être pourquoi il se sent bien avec une femme plus âgée que lui. Il attend d'elle consolation et appui. Louise l'a aidé à terminer son apprentissage, mais son absence de désir sexuel est interprétée par Élie comme la preuve d'un désintérêt à son égard, ce qui le désespère. En réalité, le problème de Louise est strictement personnel et provient de la crainte qu'elle ressent à l'idée de libérer l'élan passionnel qu'elle a toujours contenu. Son érotisme ne pourra s'exprimer que lorsqu'elle aura comblé son besoin de sécurité. Tous deux souhaitent rester ensemble, afin de compenser leurs insécurités familiales, quitte à sacrifier le désir de Louise. Les deux auraient bénéficié d’une thérapie individuelle, mais devant leur refus, nous avons opté pour une thérapie « en » couple, plutôt que la traditionnelle thérapie « de » couple. Cette formule permet d'aborder des problématiques individuelles, tout en utilisant le contexte du conseil conjugal.

Le couple complice.

Tous les cinq ans Florence expédie son mari chez un sexologue. Cette fois-ci, c'est chez moi qu'il atterrit. S'il ne tenait qu'à lui, cette rencontre n'aurait jamais eu lieu. Il n’accepte ce rendez-vous que par crainte d’être abandonné par sa femme. Romain souffre pourtant d'une forme grave d'éjaculation précoce. À quarante-huit ans, il dirige la filiale d'un grand groupe financier international, ce qui se résume à appliquer à la lettre les indications du siège américain. Attention aux initiatives malheureuses ! Romain considère que le travail est une source de fatigue et son manque de libido pourrait bien être le reflet de la passivité qui imprègne son existence. C'est sa femme qui a la charge de l'éducation de leurs quatre enfants.

Mais cette passivité dissimule un autre aspect de la personnalité de Romain : son incapacité à contrôler des émotions qui, plutôt que d’être exprimées, explosent. L'excitation est à ses yeux un phénomène mystérieux qu’il est incapable de savourer.

Quelle est la place de Florence dans cette dynamique ? S'agit-il véritablement d'une victime ? Même sans son éducation religieuse et les quatre enfants, je ne suis pas sûr qu'elle aurait divorcé. Il ne fait pourtant pas de doute que sa rage augmente à chaque sabotage de son mari vis-à-vis d'un nouvel essai thérapeutique. Le jour où elle a pris un rendez-vous pour une séance individuelle, je pensais qu'elle révélerait une liaison secrète et parlerait de séparation. En réalité, elle venait juste aux nouvelles pour savoir si la thérapie de Romain avait quelques chances de succès. Son attitude m’a semblé trop rationnelle et, pour l'ébranler, je lui ai demandé si, à quarante- deux ans, elle appréciait encore d’être courtisée. Alors Florence a fondu en larmes et m'a raconté qu'elle ne pouvait même pas imaginer séduire quiconque. Quinze ans auparavant, au cours d’un voyage d'affaires, Florence avait été violée par une bande d’hommes ivres. Depuis, sa façon de vivre l’amour n’a plus jamais été la même. Comment pourrait-elle donc avoir un amant ? La seule figure masculine quelle tolère est celle de son mari, avec qui elle ne risque pas de revivre ce traumatisme car son éjaculation très rapide le mène progressivement à l'impuissance. Et tout s'éclaire.

Victime apparente, Florence est en fait complice. La demi- impuissance de son mari lui évite d'affronter les problèmes que la violence a posés à sa sexualité. La guérison de ce couple passe par deux thérapies individuelles. Romain qui a de la peine à verbaliser ses émotions pourra bénéficier d’une psychothérapie à médiation corporelle, tandis que Florence qui souffre d’un stress post-traumatique doit encore terminer le deuil de l'ancienne violence.

Soigner l'imaginaire.

Les problèmes individuels d'un des conjoints peuvent faire vaciller le couple. Si Claude, après deux ans de mariage, n'est pas encore parvenu à pénétrer sa femme Danielle, c'est à cause d’un problème qui lui est strictement personnel, même si sa femme, après avoir fait preuve de patience, lui a fait comprendre qu’elle avait un amant. Âgé de trente-quatre ans, Claude n’a aucun problème physique. Sa « mécanique » sexuelle est parfaitement performante mais ne fonctionne que dans le cadre de l'auto-érotisme, et doit être excitée par des fantasmes qu'il me dévoile peu à peu. Enfant déjà, il était excité par l’idée d'épier une femme désirant l'amour d'un autre homme. Et son désir de passivité s’est enraciné, accentué par l’absence d'une figure masculine. Son père est mort alors qu’il avait quatre ans et il a été élevé par une mère qui l'adorait. Malheureusement, son narcissisme s'est épanoui aux dépens de sa virilité. S’il préfère se masturber, c'est parce que aucune femme n'est assez bien pour lui.

La sexo-analyse du professeur Claude Crépault a été, dans ce cas, d’une grande efficacité. Elle lui a permis d’exprimer ses fantasmes les plus secrets et lui a ouvert la voie d'une expression sexuelle plus naturelle. Il a quitté Danielle, pour qui il n'éprouvait pas de véritable attirance. Il s'essaie maintenant à des fantasmes plus actifs ; après avoir craint d’être englouti par un sexe féminin que son agressivité aurait risqué de détruire, il commence à comprendre qu'une sexualité active n’est pas forcément sadique. Et de nouveaux horizons s’ouvrent à son imaginaire érotique et à l’érotisme en général.